Lorsque j’ai annoncé à mon entourage que j’allais créer ma boîte et m’associer à mon chéri, la réaction a été unanime : « ouh fais attention quand même, c’est risqué de se lancer en couple ! ». C’est vrai que c’est un risque car il faut pouvoir concilier relations professionnelles et sentiments, mais l’avantage c’est que ça crée une énorme complicité.
Cette semaine, pour illustrer ma rubrique « Ils se sont lancés », j’ai donc décidé d’interviewer un couple d’entrepreneurs, Jocelyne et Jean-Louis Paquette, propriétaires d’un hôtel près de Clermont-Ferrand : Hotel de l’Europe. Cela fait maintenant 39 ans qu’ils sont mariés et 35 ans qu’ils travaillent ensemble avec plus de 5 sociétés à leur actif, c’est sûr leur expérience n’est plus à prouver !

Hôtel de l'Europe
Mais quel est donc leur secret pour concilier business et amour ;) ?
1. Quelle a été votre première affaire ? Qu’est-ce qui vous a décidé à sauter le pas ?
Jean-Louis : ma première affaire était une agence immobilière, j’avais 23 ans. J’avais d’abord commencé à travailler comme indépendant pour un agent immobilier. Mais plus le temps passait, plus j’avais l’impression qu’il m’arnaquait. Par exemple, il mettait toujours très longtemps à me payer. En plus, j’avais mal compris le système de rémunération à l’entretien donc je gagnais beaucoup moins que ce que j’avais espéré. Un jour, dans une soirée où cet agent avait un peu bu, il m’a avoué le montant des bénéfices que l’agence dégageait. Quand j’ai fait le calcul entre le business que j’apportais et les commissions que je prenais, ça m’a écœuré. Je me suis dis qu’il était vraiment temps que je me lance et que je crée ma propre agence. Et puis, depuis que j’avais commencé à travailler, j’avais toujours senti au fond de moi une envie très forte d’être à mon propre compte.
Jocelyne : Moi je n’ai pas été associée directement au premier projet car il était important que l’un d’entre nous continue à percevoir un salaire. Nous n’avions pas les moyens de nous lancer à deux donc j’ai gardé mon poste de secrétaire mais j’aidais Jean-Louis le week-end.
Jean-Louis : C’est grâce aux bénéfices de l’agence que nous avons pu monter notre première affaire à deux : un magasin de vêtements pour femmes puis un magasin de chaussures.
Jocelyne : c’était très pratique, car je travaillais au magasin avec ma belle-sœur à mi-temps, ce qui me laissait du temps pour m’occuper de notre premier enfant.
2. En 35 ans, vous avez créé 5 sociétés, dans quels domaines ?
Jean-Louis et Jocelyne : Comme nous l’avons déjà dit, nous avons commencé par une agence immobilière puis un magasin de vêtement et de chaussures, une base de loisir en Auvergne, un hôtel au Mont-Dore et enfin notre dernière affaire un hôtel à Clermont-Ferrand : l’Hôtel de l’Europe.
3. Mais ces activités sont très différentes, comment avez-vous fait pour vous former?
Jean-Louis : nous avions un budget modeste pour commencer et c’est assez difficile de partir de rien. Mais au moins, ça nous a appris à nous débrouiller, à apprendre par nos propres moyens et surtout à faire le plus de choses par nous-mêmes.
Jocelyne : c’est vrai, qu’on a fait beaucoup de choses différentes mais au final chaque affaire reposait sur le même principe : le sens du commerce. Le plus important, à mon avis, était de bien comprendre les attentes des gens et d’essayer d’y répondre le mieux possible. Et puis grâce à mes différentes expériences professionnelles (import-export, immobilier, administrateur de bien, etc.), j’avais appris à m’adapter rapidement.
4. Oui mais c’est incroyable quand même. Vous Jocelyne, vous avez tenu la cuisine du restaurant de l’hôtel et vous Jean-Louis vous avez géré un poney club. Ce n’est pas donné à tout le monde de se reconvertir ainsi !
Jocelyne : C’est mon père qui m’a enseigné l’amour de la cuisine. Je le vivais donc comme une vraie passion et un moyen de garder un lien spirituel avec lui. Après bien sûr, il a fallu apprendre à cuisiner pour de grandes tables et là il n’y a pas de secret, on apprend sur le tas !
Jean-Louis : Avant de créer notre base de loisirs en Auvergne, je fréquentais très régulièrement un centre hippique où j’ai passé mon brevet de cavalier donc j’avais quand même de bonnes bases quand on a créé un poney club. Mais c’est vrai que là où d’autres personnes auraient vu des obstacles, nous on les prenait comme des opportunités et on faisait tout pour s’adapter. C’est d’ailleurs une des conditions pour devenir entrepreneur : être flexible.
5. Comment vous répartissez-vous le travail? Avez-vous des désaccords et comment faites-vous pour les surmonter?
Jean- Louis : Moi je m’occupe plutôt de la gestion
Jocelyne : et moi du relationnel
Jean-Louis : On a eu nos pires disputes quand on avait l’hôtel restaurant au Mont-Dore. On était jamais d’accord pour l’élaboration des menus. Jocelyne partait dans des délires de création !
Jocelyne : et Jean-Louis voulait toujours me freiner ! En fait c’est une constante dans nos relations de travail. Moi je suis plutôt créative et Jean-Louis très pragmatique mais du coup on se complète.
6. Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’il faut éviter de mélanger vie professionnelle et sentimentale ?
Jean-Louis : On connait plein de gens qui travaillent en couple et ça marche très bien. Bien sûr qu’il y a des disputes mais comme chacun a un intérêt commun (que la société fonctionne) et ça pousse à avancer dans la même direction. Quand on bosse ensemble, les tâches se répartissent assez naturellement en fonction des compétences et des affinités de chacun et de cette collaboration naît souvent une grande complicité.
Jocelyne : ah on reconnait bien ta vision pragmatique ! Moi j’ai une vision plus romantique et je pense que l’amour de notre couple a été et restera le ciment de nos projets.
7. Quels sont les inconvénients ou qu’est-ce qui est le plus dur à gérer quand on travaille en couple ?
Jocelyne : moi je ne vois aucun inconvénient
Jean-Louis : On a des hauts et des bas comme dans n’importe quel travail mais ça n’a jamais menacé notre couple. Et puis avoir sa propre société, c’est comme avoir un bébé, ça rapproche et ça crée des liens forts dans un couple, enfin en principe ! On a aussi la chance d’être soutenus par nos enfants, c’est très important et stimulant.
8. Quel conseil donneriez-vous à un futur entrepreneur ?
Jocelyne : se battre pour tout ce que l’on fait. Parfois, on traverse des mauvaises passes comme avec la crise en ce moment, et bien il faut savoir s’accrocher.
Jean-Louis : apprendre à aimer ce qu’on fait. Quand on décide de se lancer, il ne faut plus se poser la question si on aime ou pas. Il faut saisir les opportunités et y aller à fond.
9. Et à un couple de futurs entrepreneurs ?
Jocelyne : Chacun doit apprendre à respecter l’autre et ses choix. Le dialogue est aussi très important. Il ne faut pas laisser les autres vous influencer même si c’est toujours enrichissant d’être à l’écoute. Chacun doit faire ses propres choix et les assumer.
Jean-Louis : Globalement il n’y a pas vraiment de règles. Bien sûr, il faut apprendre à faire des concessions mais en même temps c’est comme ça pour tout. Savoir répartir les tâches pour que naturellement chacun fasse le travail où il est le meilleur et respecter les compétences de l’autre.
Hôtel de l’Europe
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